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lundi, 20 décembre 2010

Cas de conscience à propos d'un mauvais livre

Faut-il présenter un livre qu'on a trouvé très mauvais ? C'est rare, ça ...

Le communiqué et les extraits consultés avant la parution de ce livre m’avaient fait écrire que « Au regard des extraits diffusés à l'époque le livre contiendrait pas mal de banalités. » Le communiqué reçu lors de la parution était bien meilleur vendeur :


« Les pistes cyclables ? Un truc inventé par le III° Reich ! Les feux rouges ? Une contrainte absurde, tout juste bonne à briser votre élan dans une montée difficile ! Les selles profilées ? Ok, mais seulement si l’amour du vélo a déjà remplacé l’amour tout court dans l’expression de votre libido… Le casque ? Ça va pas la tête ?

S’il y a bien une idée reçue sans aucun fondement, c’est que le cyclisme urbain soit un mode de transport « paisible », permettant essentiellement d’aller se fournir en légumes dans une boutique bio de l’Est parisien un bonnet péruvien sur la tête. Ces chroniques, tour d’horizon des pratiques détestables mais assumées d’un automobiliste repenti, en sont la meilleure preuve. » Sauf que de preuve il n’y en a pas.

 

Un lecteur m’a dit d’emblée : « J'ai lu ou tenté de lire l'anti manuel. Je n'ai pas aimé le style grandiloquent qui brasse du vent. Je ne vois aucune qualité à l'anti-manuel. » On repartait fort... et pourtant j'étais mieux disposée.

Mais maintenant, je peux vous le dire :

------------Je n’ai jamais vu de livre aussi vain-----------

Ce sont des bulles de savon, joliment présentées. Mais pas la moindre analyse, réflexion, que du banal narcissisme.

--*--

Quand vous saurez qu'il a cherché une selle Proust au supermarché de sport du coin, vous aurez pensé : j'aurais pu le renseigner, ce snob. Quand il vous aura dit que les pistes cyclables ont été inventées par Hitler, mais qu'elles sont utiles, sauf si elles sont au milieu du trottoir, vous vous serez dit : sans doute, mais encore ? Ensuite vous apprendrez qu'il s'est laissé voler son casque, car il n’en voyait plus l’intérêt, ce qui ne constitue pas une analyse, ou que les piétons sont des automobilistes, ce qui montre qu'il n’a pas regardé de près. Alors quand il nous dit qu'il brûle les feux, sans nous dire pourquoi, ni même comment (... !), et que le hurlement lui tient lieu d'être (j'exagère ! il a dit « Je hurle donc je suis »), ou encore que les remorques à bébé lui foutent la trouille, vous n'avez pas encore tout vu.

Car maintenant Ptolémée est appelé à rescousse des Gaulois qui ne se méfiaient pas assez des portières qui auraient pu leur tomber sur la tête sauf s'ils avaient lu Ptolémée... bla bla bla. Sachez donc, oh lecteurs, qu'entre autres balivernes, on peut lire que la plupart des villes ont adopté le Vélib’ avant Paris, que la bicyclette est à la veille de fêter son bicentenaire, et que les agents de police à vélo et en cape (« hirondelles ») étaient encore à Paris au milieu des années 80. Saviez-vous aussi que les agents à vélo sont méprisés par leurs camarades, que les élus Verts ne roulent pas à vélo, la preuve par Noël Mamère, et que les journées sans voiture des berges (à Paris) n’ont aucun intérêt (« qui a réellement besoin de transiter par la Seine pour se rendre où que ce soit à vélo ? ») … ? Bref, je glisse sur les concepts, je me mélange, je m’écoute parler, je passe du coq à l’âne...  Bon, ça va, hein … Ce n’est pas parce que l’auteur a de la facilité à écrire et que l’éditeur a fait un joli travail que le bouquin mérite qu'on l'achète. A 16 € ce n’est même pas un petit cadeau léger sans conséquence. Ce n'est qu'une bulle ...

--*--

Alors mon cas de conscience, c’est :

Je vous parle du livre, ou bien je l’oublie directement, malgré toute la publicité qui lui a été faite ?

Je vous dit le nom du livre, ou je l'oublie ?

Sa photo est .

Hugues Serraf, L'anti-manuel du cycliste urbain. Berg international éditeurs, (novembre) 2010.

Pourquoi en ai-je parlé ???
S'il n'y avait pas eu tant de promotion, je n'aurais peut-être même pas remarqué le bouquin. Il y en a eu bien avant la date de parution, et le livre fut présenté positivement, dans plusieurs blogs courus, par citation du communiqué. J'avais trouvé que c'était pour le moins imprudent, et pour ma part n'en avais rien fait. Je préviens donc maintenant mes lecteurs de mon avis. Et d'ailleurs, vous savez ce qu'il a écrit sur son blog, l'auteur ? Ceci : "Mon nouveau livre est enfin en librairie. L'acheter, c'est bien plus qu'acheter un livre : c'est faire progresser l'humanité."

Je crois bien que ça m'enlève tout scrupule !!! De plus je viens de voir que Weelz aimait bien le livre, vous avez donc, après lecture, deux avis différents, ce qui est parfait.

--*--


12:10 Publié dans Publications | Lien permanent | Commentaires (7) | Tags : livre

Commentaires

Je ne crois pas que Hugues Serraf ai eu aucunes prétentions avec ce bouquin, si ce n'est celui de faire sourire le cycliste urbain, celui qui pratique déjà ou bien celui (ou celle) qui a l'envie de s'y mettre, en lui exposant des situations que nous avons 1000 fois vécues.
Il n'y a pas de prétentions d’analyse de fond de la situation du cyclisme urbain en France, en cela je crois que le titre est assez clair d'ailleurs.
Oui en effet, j'ai bien aimé son bouquin, car il m'a fait passer un bon moment, point. Je n'en suis pas ressortie grandi ou plus à même de comprendre les autres cyclistes urbains...mais est-ce cela que je recherchais...

Écrit par : Xavier | lundi, 20 décembre 2010

Comme quoi il y a plusieurs avis. Le rédacteur de Weelz le montrait fort bien sur son blog. Il le redit ici ... Sans signaler, depuis, qu'il y a plusieurs avis ... ...

Écrit par : Isabelle L. | lundi, 20 décembre 2010

J'ai lu aussi ce livre et je me suis bien amusé car j'ai retrouvé des tas de choses que j'ai vécues (et vis toujours d'ailleurs) depuis 5 ans maintenant que je ne me déplace plus quasiment que en vélo ou train. Tout cela raconté avec une certaine dérision qui rend la lecture plutôt agréable.
L'autre intérêt de ce livre, qui a déjà le mérite d'exister, c'est qu'il montre la difficulté que l'on a maintenant à convaincre l'automobiliste moyen de passer au vélo, tant la culture (et la pub!) est automobilistique (a-t-on déjà vu une pub pour un vélo à la télé?) mais démontre aussi que c'est possible.
Il permet aussi de cerner un certain état d'esprit vis à vis de l'usage du vélo et dans ce sens apporte de l'eau au moulin.
Mais, effectivement, il ne faut pas chercher d'analyse, d'étude etc dans ce livre, d'ailleurs son titre est plutôt significatif à ce sujet.
Bref, je dirais que la culture vélo n'étant pas si abondante, il n'est pas temps non plus de faire la fine bouche.

Écrit par : Herve R. | mercredi, 22 décembre 2010

Hello, Moi aussi je trouve que ce livre manque totalement de fond. C'est sympa à lire au début, puis rapidement il nous tarde de le finir. On sait à l'avance quelles vont être les tournures humoristiques, comment vont être abordés les sujets de chaque chapitre. Ca me fait un peu mal d'écrire ça car je me réjouissais de voir un livre parler de notre sujet préféré.

Écrit par : Nico | mercredi, 22 décembre 2010

Depuis 20 ans, les villes françaises redonnent une place au vélo, et Paris a rejoint ce peloton en 1996. Le nombre de cyclistes augmente, et aussi le nombre d'articles et de bouquins sur le vélo : c'est même devenu un sujet bateau, qui fait vendre. C'est ce qu'a bien perçu ce journaliste-blogueur-écrivain, qui ne cache d'ailleurs rien de sa démarche (lien dans la signature) : "j'utilise mon blog comme le laboratoire d'écriture via lequel je teste un tas choses que j'utilise ensuite ou pas".
Une vigoureuse campagne de promotion vers un public ciblé, un site spécifique au livre, avec une rubrique : "ils aiment l'anti-manuel et le disent". Quand on clique sur les 5 liens qui y figurent, 2 l'ont effectivement aimé et le disent, deux sont des recopies fidèles du communiqué de lancement et un est une recopie fidèle (et reconnue) ... de l'avis d'un autre ! Et un des commentaires dit bp de mal du livre : "Pour avoir lu les extraits sur le site, je me dis que ça ne méritait pas plus qu’un blog..."
Il s'agit donc d'un produit de marketing, comme on en voit fleurir dans d'autres domaines : les fabricants de vêtements et d'accessoires divers ont déjà flairé le bon filon, comme la plupart des éditeurs de cartes, éditant des cartes "cyclistes" en recopiant servilement les données de la ville sans aucune vérification.

J'ai lu tous les débuts de notes consacrées au vélo sur son blog (puisqu'il a remplacé la suite, réservée au livre, par un lien vers un site de vente de livres), et parcouru certaines de ses autres notes. J'ai relevé les mêmes erreurs qu'Isabelle, et d'autres. L'auteur a un style, vigoureux et nerveux comme semble l'être aussi sa conduite à vélo. Ca ne m'a pas donné envie d'acheter ce livre.

Écrit par : Abel | vendredi, 24 décembre 2010

J'ai péniblement terminé ce livre qui se présente en effet comme une sotie qui, normalement, devrait être drôle... Je l'avais acheté, confiante, au vu de la postface signée par un avocat blogueur que je lis régulièrement, fin, amusant jusque dans ses démonstrations juridiques...
"Anti-manuel" devant sans doute être pris avec ironie, j'ai donc ouvert le libre avec le sourire. Vite disparu...
Les approximations ne m'ont pas gênée au début. Les piétons sont des automobilistes... Bon, c'est faux, certes, mais surtout cette assertion n'apporte rien au texte... Sauf que, au fil des pages, elles m'ont chatouillé les pignons et pas qu'un peu.
Les flics à vélo "hirondelle" dans Paris au milieu des années 80 m'ont certes fait bondir... J'y étais, sur le pavé, avec mon vélotaf, dans ces années-là, et je n'ai jamais croisé de ces cyclistes noirs... Une recherche rapide sur la Toile et l'on trouve l'info qui le dément : "Les "hirondelles" sont apparues à la fin du XIXe siècle, vêtues de leur célèbre pèlerine, équipées du sabre réglementaire fixé au cadre du vélo. Dans les années 1950, 2819 agents cyclistes sillonnaient Paris et 2844 la banlieue. En 1981, ils n'étaient plus qu'une centaine et les " hirondelles " désertaient définitivement le ciel parisien en 1984, remplacées par les agents en cyclomoteurs."
Idem pour le mépris dans lequel seraient tenus les nouveaux flics à vélo... faux, entièrement, il suffit de s'être arrêté une fois à côté d'eux, d'avoir vaincu son esprit boba/babo qui ne veut voir dans un flic qu'un abruti, fût-il sur deux roues, pour apprendre qu'ils sont ravis de pédaler, y a un peu de sous en plus dans leur escarcelle en fin de mois et, passés les premiers temps, ils sont appréciés par leurs collègues.
Je ne ferai pas ici la liste, trop longue, de mes agacements. Je m'étonne seulement de l'engouement de certains... Qui me fait penser que le succès du livre tient surtout de la surprise de voir un cycliste savoir tenir un stylo (on n'est pas que deux jambes qui pédalent, quelle surprise...). Moi, je ne suis pas étonnée, parce que je surfe sur le net (ici), là (lien dans la signature), chez Petit Braquet qui est érudit, clair et passionnant... (on y croise les Michaux mais aussi Alfred Jarry). Et que j'appartiens à cette catégorie de "bobos" que fustige l'auteur avec une mauvaise foi qui m'amuse... "Il en est", mais n'assume pas... C'est, à y réfléchir, la seule drôlerie de l'ouvrage... Cette mauvaise foi qui ne s'avoue pas...

Écrit par : misson | mardi, 25 janvier 2011

Je me suis fait un devoir de lire ce livre, car il en existe trop peu sur le sujet. Hélas, quelle tristesse !
Alors que 15% des Français écrivent et que moins de 1% des manuscrits sont publiés, voici un livre mal écrit, dans un langage familier, pauvre et à la limite de la vulgarité. On voit que son auteur a l'habitude de s'adresser à un lectorat de passionnés de voitures qui s'accommode de ce style.
Hugues Serraf est un néo cycliste dont on sent qu'il est descendu récemment de sa voiture. Il ne connait qu'une facette de la pratique du vélo et se permet de juger et donner un avis pseudo-avisé, qui plus est négatif, sur des choses qu'il ne connaît pas. Ainsi, le cycliste urbain serait un futur impuissant, et ceux qui ont eu la chance malgré cela d'avoir des enfants sont des irresponsables s'ils les emmènent à vélo.
Je pense qu'il vaudrait mieux ne rien dire que de dissuader le public de se mettre au vélo.
Je pense à tous ces écrivains talentueux qui n'arrivent pas à se faire publier, et je me dis qu'ils doivent être furieux que certains, sous prétexte d'être journaliste et d'avoir probablement des relations, puissent se permettre de mettre sur le marché des produits de si médiocre qualité.
C'est vrai, ce livre a le mérite d'exister. Alors vite, que ceux qui savent tenir un stylo et un guidon viennent en écrire d'autres pour donner de la lecture de qualité à un lectorat en émergence.

Écrit par : Hervé B. | lundi, 21 février 2011

Les commentaires sont fermés.

 
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